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Zhan zhuang

 

Les postures statiques - zhan zhuang

 

Dans notre école nous pratiquons un éventail assez large des postures dites "Se tenir comme un pieu" (zhan zhuang).

Elles sont associées à une progression dans le développement de l'énergie interne et non à une augmentation de la seule force et résistance physiques. Dans la rubrique Documents on peut lire un article avec notre interprétation de la fonction de cet exercise postural dans les arts martiaux en général, le Tai Chi Chuan en particulier, et aussi dans le domaine de la santé.

Dans ce tutoriel nous allons voir en détail la pratique de la  posture de base, la première des huit montrées dans la vidéo ci-dessus. Elle a pour objectif de mettre en place la structure physique qui permetra ensuite à l'énergie interne d'être mobilisée puis mise en circulation selon différents processus.

Après le mouvement d'ouverture les pieds se trouvent écartés d'environ la largeur des épaules (ou un peu plus) et paralèles (ou légérement ouverts). Les genoux sont ployés et pointent dans la direction des pieds, cela dans une recherche d'arrondissement et d'étirement de l'entre-jambe. L'appui du corps sur les pieds est centré sur les points Yong Shuan, un peu à l'avant des voûtes plantaires. La sensation de stabilité doit être égale dans toutes les directions. Les reins sont abaissés, le bassin rétroversé sans forcer, la bonne sensation étant que le point Ming Men des reins est comme tiré vers le bas, le sacrum et le coccyx formant une courbe comme un crochet, ou encore un soc de charue. Les mains sont placées devant le corps, espacées d'environ la largeur des épaules ou un peu plus. Les doigts sont légérements ouverts et légérement étirés. La forme correcte des mains est semblable à celle que l'on prend quand on approche doucement la main d'une plaque chauffante, pour savoir si elle est brûlante ou plus ou moins chaude. L'attention sur la sensation que l'on ressent alors dans la main induit une forme d'écoute qui doit aussi restée présente pendant la posture.

Le tronc est bien droit. La poitrine est relachée, naturellement un peu rentrée et le dos un peu arrondi, dos et poitrine comme semblables aux deux faces d'un bouclier rond et convexe. La tête est légérement érigée, comme si on portait une bouteille en équilibre sur le haut du crâne. On peut imaginer aussi que le point Bai Hui est fixé à une corde descendant du ciel, et qu'au-dessous, le corps se relâche jusqu'aux pieds. Pour un placement correct de la tête et du cou, certains préconisent d'imaginer maintenir une balle coincée entre le menton et la gorge, tout en gardant la tête bien droite. Idéalement, vu de profil, une ligne verticale doit relier les oreilles (l'orifice du conduit auditif) avec le mileu de l'articulation tronc/bras et le milieu de l'articulation tronc/jambe.

 

Le relâchement

La pratique du relâchement dans la posture du pieu est essentiel. Elle a pour objectif de diminuer la part de l'effort physique, musculaire et tendineux que demande le maintien prolongé de la posture et d'en augmenter la part purement énergétique. Pour cela, après avoir pris la posture correcte, on pratique les sept sortes de relâchements. Cela se fait de l'extérieur vers l'intérieur, comme autant de couches, quatre physiques, trois non physiques.

  1. Relâchement des muscles.
  2. Relâchement des articulations.
  3. Relâchement des os.
  4. Relachement des organes et entrailles.
  5. Relâchement des émotions et sentiments.
  6. Relâchement du mental.
  7. Relâchement de l'Esprit.

Bien sûr, il y a un procédé précis pour chaque sorte de relâchement et, si vous voulez en savoir plus, demandez-en les détails à votre professeur (ou venez nous voir !).

Une fois ce travail sur le relâchement effectué, le corps est tellement relâché que l'on est au bord de l'écroulement. Un peu moins de support musculaire et l'on tombe. A ce niveau, la sensation est pratiquement d'être maintenu par l'accrochage au sommet du crâne, comme un squelette de laboratoire suspendu à sa potence !

Si des parties du corps deviennent douloureuses (contractures, crampes), on peut bouger un peu pour que cela passe avant de reprendre l'exercice. Il convient de pouvoir rester en posture immobile au moins 40 mn sans éprouver aucune douleur avant d'aller plus loin. Quand l'état de relâchement est suffisant, il n'y a plus de douleurs nulle part et, l'énergie et le sang circulant plus librement dans le corps, les sensations dans les mains se modifient. Souvent les paumes démangent, puis se réchauffent et suent parfois légérement. C'est bien, mais on ne doit pas chercher à produire ou à reproduire ces effets, ils sont surtout l'effet d'une amélioration de la circulation du flux sanguin plutôt que d'une vraiment meilleure circulation de l'énergie interne. Mais les deux sont importants. Il ne faut pas oublier que c'est l'énergie qui donne son dynamisme à la circulation sanguine et que donc, là où va l'énergie le sang va aussi (du moins dans une relation sang énergie harmonieuse).

Quand enfin on est à l'aise (plus de douleurs), on écoute les sensations et l'on sépare l'énergie. Le lourd dans l'organisme, associé à l'énergie yin, doit être perçu comme un flux descendant au bas du corps et se prolongeant à travers les pieds dans le sol. Les jambes sont comme la chaine d'une ancre, elle-même profondément enfuie dans le sol (on parle souvent de la notion d'enracinement, au sujet de la posture du pieu). Le léger dans l'organisme, associé à l'énergie  yang, doit être perçu comme un flux ascendant. Cela atteint le haut du corps et le crâne jusqu'à la fontanelle, qui est traversée. Il y a d'abord séparation, puis retour. Le retour, c'est la réponse yang, montant du Sol, à l'énergie yin qui l'a pénétré, et c'est la réponse yin, descendant du Ciel, à l'énergie yang qui l'a aussi pénétré.

Quand on perçoit clairement la séparation puis ensuite le retour, il n'y a plus de fatigue. Il est possible de tenir cette première posture presque indéfiniment. Les mains nues restent chaudes même en hiver, avec une température proche ou inférieure à zéro (bien sûr, le corps, lui, est bien couvert).

On n'atteint pas ce niveau seulement par la pratique de la posture du pieu. Il est avant tout essentiel de nettoyer son énergie essentielle, de pratiquer l'intégration dans les Tan Tien, les techniques d'ouvertures des méridiens et de circulation de l'énergie dans ceux-ci, etc.

Dans notre école, on pratique cette posture de base avec au début une respiration naturelle, puis quand on tient facilement la posture, avec la respiration ventrale et le travail de rassemblement du souffle vital dans le Tan Tien inférieur. Quand l'on a la perception nette de condensation et de réchauffement dans le Tan Tien, on peut passer à la seconde posture, puis à la troisième, puis à la quatrième, avec le poids toujours égalemment réparti sur les deux pieds. Pour chacune de ces postures l'on s'y entraine d'abord avec la respiration ventrale et en centralisant le souffle dans le ventre. Puis quand on tient la posture facilement au moins quarante minute, l'on pratique alors avec la respiration dite inversée et en effectuant la Petite Circulation Céleste.

En fin de pratique il convient de placer les paumes devant le Tan Tien inférieur et d'y faire retourner le souffle vital pendant au moins quelques minutes afin qu'il ne reste pas bloqué dans le haut du corps.

A partir de la cinquième posture, où le poids du corps est réparti à 70 et 30 pour cent sur les pieds, l'on effectue la Grande Circulation Céleste. Pour les trois dernières postures, ou le poids du corps est réparti entre environ 90 et 10 pour cent sur les deux pieds, puis à 100 pour cent sur un seul pied, l'on pratique successivement la respiration profonde, la respiration pour "Presser l'énergie dans les os" et enfin la respiration "Trois arcs, une flêche".

Enfin il faut aussi signaler les dangers d'une pratique de ces postures sans l'appui d'une culture suffisante de l'énergie vitale. S'évertuer à maintenir les positions les plus difficiles fait monter l'énergie dans le haut du corps. Si elle reste bloquée et devient stagnante, des troubles vont survenir. S'entrainer à dépasser la douleur avec le seul support d'une volonté de fer peut aussi être cause de déséquilibres pathologiques. Les plus courants des symtômes résultants sont céphalées, palpitations, insomnies, sueurs nocturnes, cogitations incohérentes, surexcitations et emportements suivis d'abattements, dépression.

Il est du devoir des enseignants de ces techniques de veiller à transmettre une méthode efficace du point de vue de l'énergie et non pas traumatisante. Il convient aussi qu'ils sachent repérer les excès ou les manques dans l'entrainement de leurs élèves et qu'ils sachent en corriger la pratique et les effets négatifs s'il y a lieu. Si cela est nécessaire ils se doivent de leur recommander d'aller se faire examiner par un praticien confirmé en médecine chinoise afin de réparer les désordres engendrés par une pratique erronée.